Rechercher
  • Gabrielle Millan

La Maison dans le Nouveau Monde

Dernière mise à jour : 11 juin 2021

Publication "IEIF" du 4ème trimestre 2020:

Réflexions Immobilières n°93 (ieif.fr)

Co-écrit avec Nicolas Tarnaud



La maison se définit comme l’ensemble des bâtiments d’habitation dédiés à une ou plusieurs familles. Elle se décline ainsi en habitat individuel ou collectif, occupé par une ou plusieurs personnes. Comment a-t-elle évolué dans le temps ? Que sera la maison du futur ?


On se rappelle toujours sa première maison, qu’elle soit neuve, ancienne avec ou sans travaux. Qu’elle soit en ville, en zone urbaine ou à la campagne, elle marque les esprits. Dans cette maison, on entrera, on s’y retrouvera, on y mangera, on s’y reposera, on y dormira, en d’autres termes on y sera libre. « La maison est une enveloppe. Elle protège, elle permet les échanges. Nous pouvons choisir qui y pénètre, et les cambriolages sont des viols. Dans les rêves, elle représente souvent notre corps […] La maison se partage […] La maison est un refuge, mais elle garde une part de mystère […] Nous habitons une maison comme nous habitons notre corps et vivons dans le monde avec nos croyances, nos craintes, nos joies et aussi toute notre histoire passée et nos espérances à venir. Si la maison a une âme et un inconscient, c’est parce que des hommes et des femmes ne cessent de la construire.1 » La maison est un abri privatif, un espace de sécurité, une localisation, une possession, un endroit de rencontre, une architecture, un pouvoir et un lieu de vie. « Nous utilisons le mot maison pour un grand nombre de choses – la hutte en terre dans une tribu, le palais d’un roi, la maison de campagne d’un citadin, le pavillon d’un village ou l’appartement d’une ville –, mais nous ne pouvons pas pour les tentes nomades […]. Toute maison que nous imaginons, même la plus abstraite, avec le strict minimum permettant de la reconnaître, est déjà une maison particulière.2 »


La possession est le fruit d’un investissement économique, d’une implication familiale, d’un lieu où l’on vivra. Cette approche est à la fois actuelle et future : « Mais on ne peut pas comprendre complètement les investissements de tous ordres, en argent, en travail, en temps et en affects dont elle fait l’objet que si l’on aperçoit que, comme le rappelle le double sens du mot, qui désigne à la fois le bâtiment d’habitation et l’ensemble de ses habitants, la maison est indissociable de la maisonnée comme groupe social durable et du projet collectif de la perpétuer. On sait en effet que, dans certaines traditions culturelles, paysannes ou aristocratiques notamment, le mot maison renvoie inséparablement à la demeure matérielle et à la famille qui y a vécu, y vit ou y vivra, entité sociale dont la transcendance par rapport aux personnes individuelles s’affirme précisément dans le fait qu’elle dispose d’un patrimoine de biens matériels et symboliques… qui sont transmissibles en ligne directe.3 » Les maisons se trouvent en périphérie et sont recherchées par les catégories socioprofessionnelles moyennes. L’espace intérieur et extérieur est davantage accessible à la population des classes moyennes. « La distance au centre est généralement présentée comme un élément déterminant de la structure des prix immobiliers. Dans le modèle que l’on appellera ‘’centre-périphérie’’, les prix baissent avec l’éloignement au centre. Cette structure de prix explique, avec l’attrait de la maison individuelle, le mouvement centrifuge des mobilités résidentielles des accédants les moins fortunés. C’est en partie pourquoi les couronnes périurbaines attirent un nombre croissant d’habitants venus des villes-centres ou de leur banlieue.1 »


Parcours résidentiel réussi

La possession d’une maison symbolise aussi l’ascenseur social d’un point de vue patrimonial et familial. La maison se valorise et se transmet de génération en génération. C’est une sorte d’assurance sur la vie. La propriété permet de mieux appréhender la mort et l’éternité. Ce ressenti est à la fois subjectif et personnel. Cet actif tangible est également un lieu où l’on vit. « La préférence des ménages pour la propriété, qui est souvent présentée comme une caractéristique de la culture nationale : ‘’Les Français aiment la pierre’’, ‘’Les Belges ont une brique dans le ventre’’, ‘’La maison de chaque Anglais est son château’’, ‘’La propriété est le premier élément du rêve américain’’, etc. ; elle ressort de toutes les enquêtes, même celles qui sont conduites dans les pays de locataires comme l’Allemagne. Expression du refus de payer un loyer considéré comme à fonds perdus, la propriété apparaît, pour les catégories modestes et moyennes, comme le couronnement d’un parcours résidentiel réussi comme un élément fort de promotion sociale.2 » Pour Bachelard, la maison n’est pas un corps de logis mais un corps de songes. Les idées sont associées à des rêves, à des empreintes de nostalgie et de désirs. L’image de soi y est réellement présente. Les espaces d’habitation sont une projection de « soi », vu de l’intérieur comme de l’extérieur. Selon Bachelard, la maison est un être doté d’une conscience de centralité. Celle-ci se déploie dans une verticalité permettant stabilité et force. L’irrationalité de la cave monte jusqu’à la rationalité de la toiture. L’habitat collectif est ainsi souvent perçu comme ne permettant pas une bonne interaction entre soi et l’environnement. Les Français s’identifient davantage dans la maison individuelle, où ils retrouvent un meilleur équilibre entre l’intérieur et l’extérieur, que dans un appartement. Les classes moyennes et populaires considèrent que la propriété permet de s’élever socialement dans un contexte professionnel devenu difficile.


LA MAISON À TRAVERS LES ÂGES


Le logement a toujours eu plusieurs fonctions tout au long de l’histoire et a naturellement évolué selon les époques et les progrès technologiques (électricité, eau courante, équipements). La maison n’a jamais cessé d’accompagner l’individu dans l’évolution de son projet personnel et professionnel. C’est là que se déroule une vie avec une histoire, des émotions et des souvenirs. La maison a toujours été dans nos rêves depuis notre tendre enfance et, à l’âge adulte, on continue de rêver, et cela devient parfois réalité. Intéressons-nous à l’histoire riche et passionnante de la maison ancienne à la maison passive, de l’Antiquité à nos jours. La maison de l’Antiquité. Depuis la période de l’Antiquité, l’habitat individuel a toujours été un lieu de travail et d’habitation avec des contrastes plus ou moins saisissants. Dans la Rome antique, la domus était la maison de ville des personnes influentes. Elle présentait déjà un patio central permettant d’apporter la lumière du jour à ses convives. Dans le même temps, la villa faisait son apparition dans les campagnes romaines. Elle comportait une ou plusieurs cours permettant l’apport de lumière et de confort à ses habitants. Il s’agissait aussi d’une maison pour les plus fortunés exerçant souvent une activité agricole. On distinguait deux typologies de villas. La première c’était la Rustica. Elle se composait d’une partie privative et professionnelle. La deuxième, c’était la villa Urbana. Elle était uniquement vouée à l’habitation de ses occupants. C’était généralement la résidence secondaire des Romains fortunés. « L’urbanisation ou la ruralisation, l’utilisation de matériaux robustes ou fragiles font également partie des nombreux facteurs qui donnent son style à la bâtisse.3 ». En Grèce antique, la maison permettait de travailler et d’habiter. Elle comportera également une cour qui en fera un lieu d’agrément et de repos. Un repos nécessaire durant les périodes estivales. La maison du Moyen Âge à la Renaissance. Au Moyen Âge, dans les campagnes, on construisait sa maison avec des matériaux de proximité. Une approche reprise aujourd’hui dans l’écoconstruction. Ces maisons étaient sans fenêtre et seule la porte apportait de la lumière. Elles comportaient deux parties dont l’une était dédiée aux animaux et l’autre aux hommes. La maison de ville à cette époque rassemblait une activité professionnelle au rez-de-chaussée et la partie habitation en étage. Les faubourgs se développaient par manque de place en ville. Une certaine population avait la volonté d’obtenir davantage de terrains autour de leur construction. La densité urbaine fera alors son apparition. C’est à la Renaissance que les maisons commenceront à intégrer de larges fenêtres avec des ouvertures travaillées sur l’extérieur. Les bourgeois opteront pour la construction d’hôtels particuliers entourés de cours et de jardins. L’espace sera synonyme de distinction et d’aisance. Ces maisons paraissaient immenses pour les passants comme pour les personnes qui s’y rendaient pour une réception. De l’Antiquité à la Renaissance, la maison sera multifonctionnelle, réunissant lieu de travail et habitat.


La maison au siècle dernier

À partir du xixe siècle, il y eu un décalage entre l’habitat des campagnes et celui des faubourgs. Dans les campagnes se trouvaient des maisons individuelles et des corps de ferme, alors que les immeubles fleurissaient dans les villes. La révolution industrielle va modifier la donne. En effet, « la révolution industrielle marque bien une étape décisive dans l’évolution et les rapports entre les maisons et l’histoire. Les hommes ont désormais à leur disposition d’importants moyens matériels techniques pour résoudre au mieux les problèmes de construction. Les maisons peuvent être facilement et économiquement bâties en matériaux solides, répondre aux exigences sanitaires et esthétiques.

Tout semble possible ; l’architecte ou l’urbaniste ou le simple particulier peuvent jouer avec une gamme étendue de solutions, de programmes. Les progrès sont tels qu’il est pensable de les répandre, y compris pour les classes sociales les plus défavorisées1 ». u L’habitat bon marché verra le jour avec les maisons ouvrières disposant de petits potagers partagés. Cette économie collaborative fonctionnera dans les secteurs concernés. L’exode rural du xxe siècle renforcera cette situation, mais les nouveaux emplois en usines mettront un terme à la double fonction de la maison : travail et habitat. Ces derniers s’effectueront dans des endroits différents, et la notion de déplacement domicile/travail se mettra en place. La maison intégrera moins d’espace dédié à l’activité professionnelle. u L’urbanisme fonctionnel, porté par les concepts des congrès internationaux d’architecture moderne (CIAM), confirmera cette nouvelle tendance. Habiter, travailler, acheter et se divertir deviendront des fonctions urbaines étalées. Elles suivront les schémas et plans d’urbanisme de chaque ville. Le modèle se concrétisera grâce à l’équipement des ménages en voiture individuelle, permettant ainsi de se déplacer plus facilement d’un département ou d’une région à l’autre.


La maison des Trente Glorieuses

Les Trente Glorieuses (1946-1975), expression chère à l’économiste Jean Fourastié, se sont caractérisées par un taux de croissance annuel de 5 %, une absence de chômage, un ascenseur social qui fonctionne et un pouvoir d’achat en progression pour l’ensemble des Français. C’est une époque de construction massive avec des logements collectifs destinés aux ouvriers tandis que les familles les plus aisées se font construire une maison d’architecte de plain-pied. Ces nouvelles habitations présentent tout le confort moderne. On y trouve une chambre par enfant, des salles de bain, W.-C. et une cuisine tout équipée desservant la salle à manger et le salon. L’accession à la propriété s’est développée avec les années de prospérité et le développement du crédit dans les années 1960. Auparavant, dans la famille, on se prêtait de l’argent pour acheter sa maison. Devenir propriétaire devenait un rêve pour les classes moyennes, qui le deviendront dans des maisons de lotissement. « Posséder son logement, c’est un rêve pour une majorité de Français, quelle que soit la classe sociale. C’est aussi une réalité pour plus de la moitié des ménages [aujourd’hui propriétaires de leur logement]. D’une manière générale, la propriété rassure. En particulier, les personnes dites ‘’défavorisées’’ qui ont l’opportunité d’accéder à la propriété, même dans des environnements difficiles, manifestant moins d’inquiétudes sur l’avenir : le fait de posséder son logement renforce le sentiment de confiance en soi, de détermination et d’optimisme.* »

Dans les années 1970, la démocratisation de la voiture individuelle et la qualité du réseau routier permettront aux classes moyennes de s’installer dans des banlieues pavillonnaires. Cet environnement sera constitué principalement de maisons individuelles avec un petit jardin, à proximité de voies rapides, de stations de RER et de train en Ile de-France. « Les groupes sociaux ne se distribuent pas de façon égale dans les territoires urbains. Le périurbain est souvent présenté comme un espace de classes moyennes tandis que les élites se concentreraient dans les villes-centres, laissant les banlieues aux catégories populaires.1 » L’urbanisme par zones se développera, et les lieux d’habitation se distingueront des lieux de travail. Progressivement, l’habitat et le travail ne cohabiteront plus sous le même toit jusqu’à ce que le télétravail investisse les logements au printemps 2020.


LA MAISON DANS LE MONDE ACTUEL


Dans un monde individualiste et concurrentiel, l’habitation doit favoriser l’épanouissement personnel et apporter des émotions positives. L’agressivité et les nuisances se trouvent à l’extérieur alors que l’équilibre est à l’intérieur. Cet équilibre est recherché pour asseoir la stabilité familiale et humaine. L’ancrage spatial s’effectue dans un environnement familial, social et culturel. C’est un message fort envoyé à la société : le positionnement social et familial. Le logement est source d’émotions, de projection de soi et d’organisation de vie. Acheter une maison, c’est à la fois se projeter dans son logement et affirmer son identité au monde intérieur (la famille, les amis) et extérieur (la société, les connaissances). Les raisons pour lesquelles les Français souhaitent devenir propriétaires sont multiples. Elles peuvent être économiques ou non. « La principale raison d’envisager la propriété n’est pas d’ordre financier ; il s’agit d’abord ‘‘d’avoir son logement en propre’’. Cette réponse assez vague recouvre certainement plusieurs motivations : besoin de sécurité, être maître chez soi, effet de ‘’démonstration’’ [prestige d’être propriétaire]... Parmi les raisons d’ordre économique, la motivation ‘’ne pas perdre de l’argent’’ apparaît comme plus importante que la motivation symétrique ‘’gagner de l’argent’’ [‘’constituer un capital qui prendra de la valeur’’].2 »


Prise de conscience environnementale

Beaucoup de maisons ont été construites au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sans l’intégration des aspects thermiques et phoniques. En effet, il fallait d’abord reconstruire la France en un minimum de temps. C’est aujourd’hui différent, la maison devient de plus en plus écologique. Les problèmes environnementaux et la dépendance énergétique ont fait prendre conscience que nous ne pouvions plus vivre comme auparavant. Les nouvelles maisons doivent être moins énergivores. Elles produiront bientôt de l’énergie comme de nombreuses maisons individuelles de l’éco-quartier de la ville de Fribourg en Allemagne.


Le marché de la maison individuelle

Nous pouvons aisément considérer que le marché de l’immobilier résidentiel va connaître une mutation avec l’impact de la crise du Covid19. À plus de 10 000 € le mètre carré, les prix parisiens, comme ceux de certaines capitales régionales, sont montés à des niveaux très élevés du fait de l’abondance des liquidités bancaires et des taux de crédit nominaux inférieurs à l’inflation. Avec la crise actuelle, un rééquilibrage va certainement se produire sur la valorisation des biens immobiliers. Tout ne se vendra plus de la même manière. Ainsi, un appartement sombre en rez-de-chaussée ne se conclura plus au même prix qu’un appartement lumineux du troisième étage situé dans le même immeuble. En centre-ville des métropoles régionales, il y aura une prime pour les appartements avec vue disposant d’une belle terrasse ou d’une maison avec un jardinet. La moindre verdure apportera de la valeur ajoutée au bien immobilier d’une façon bien plus substantielle que jusqu’alors. Avec des loyers constants et une dépréciation des valeurs vénales, la rentabilité locative sera plus élevée pour les investisseurs. Enfin, nous aurons toujours besoin d’un toit pour nous loger. La pierre reste une valeur refuge tant que les fondamentaux sont respectés au moment de l’acquisition. Même dans un marché baissier (transactions, prix), la classe d’actifs immobiliers ne doit jamais être négligée. Quelle que soit sa localisation géographique, une maison ou un immeuble ne pourra jamais se délocaliser. Leur caractère tangible et immobile en fait des actifs attractifs et singuliers. C’est dans ce contexte inédit que toute la chaîne immobilière doit donc repenser et inventer le logement de demain tant sur les aspects liés à l’emplacement géographique que sur les usages et a fortiori si le logement devient en partie un lieu de travail.


Du côté des matériaux de construction, la maison va tendre vers l’habitat écologique, qui cherche à réemployer des matériaux issus de démolitions d’autres bâtiments. Cette notion de recyclage de matériaux est très forte dans l’habitat individuel du xxie siècle qui cherche à viser la neutralité carbone. Il s’agit de réduire son empreinte carbone en diminuant l’énergie grise nécessaire à la construction de la maison. On cherche également à utiliser des matériaux de construction locaux afin qu’ils transitent le moins possible par avion, route ou train pour rejoindre les chantiers. Le transport est le premier émetteur de gaz à effet de serre, en France comme dans le reste du monde. Les matériaux locaux favorisent également l’emploi local et symbolisent ainsi une démarche de développement durable et d’écoconstruction. L’empreinte écologique de la maison s’en voit réduite. Maison passive et énergie positive. Enfin, la maison doit viser l’autonomie énergétique et tendre vers la passivité, voire vers l’énergie positive. Il s’agit d’apporter une vision de durabilité dès la conception architecturale grâce à l’intégration d’équipements techniques innovants. La maison à énergie positive va, quant à elle, produire davantage d’énergie qu’elle en consomme et, de ce fait, reversera son trop-plein d’énergie sur le réseau commun. Cette ambition énergétique passe à la fois par une isolation thermique augmentée de la maison et par l’utilisation de nouvelles technologies numériques permettant de piloter sa consommation énergétique. Nous arrivons ainsi à optimiser la consommation énergétique grâce aux alertes multiples et aux interfaces utilisateurs de management de l’énergie. Les nouvelles générations, très portées sur les modes de vie écoresponsables, collaboratifs et sur le réemploi sont séduites. De plus en plus d’acquéreurs prennent conscience de l’impact des constructions sur l’environnement.


LES ATTENTES DES FRANÇAIS


Il est de plus en plus difficile de circuler dans le centreville de nos métropoles. L’accessibilité des transports en commun dans les grandes villes a permis à ses habitants de se passer de voiture tandis que d’autres ménages ont opté pour une maison individuelle en périphérie. L’hyper centre-ville des métropoles est réservé à une clientèle active aisée ou senior. Ainsi, 50 % des Français les plus riches vivent dans Paris et en Ile de France. Cependant, la maison individuelle reste le choix numéro un des Français avec 68 % d’entre eux qui y vivent. Cette maison individuelle du xxie siècle incarne l’évolution des modes de vie des Français axés chaque année un peu plus autour de la durabilité et de l’économie circulaire. Cet habitat a dû tout d’abord être intégré à son environnement afin de le valoriser et non pas de le dégrader. L’intégration à l’environnement passe par l’harmonie entre habitat et nature, à l’image de la biophilie qui s’est invitée dans la conception architecturale. Le design biophilique vise la reconnexion à la nature afin d’apporter du confort et du bien-être aux habitants. Sont ainsi privilégiées les notions de calme, d’apport de lumière naturelle, de vue dégagée et qualitative, d’intégration de vrais espaces verts en intérieur ou encore de porosité intérieur/extérieur.


Impact du télétravail

Nous ne parlons pas de la généralisation du télétravail dans l’avenir. Ce dernier restera complémentaire à la présence physique des collaborateurs. Cette nouvelle situation change aussi la donne concernant les mètres carrés de bureaux que les entreprises louent avec des baux de longue durée. En effet, elles vont repenser l’utilité d’avoir un poste de travail par personne si leurs salariés sont en télétravail plusieurs jours par semaine avec une meilleure productivité. Aussi, la distance entre le lieu de travail et le logement peut devenir un critère moins déterminant sur le choix de la localisation de son habitation. u « Les quartiers résidentiels […] sont toujours des quartiers neufs construits par et pour elle-même [griffe spatiale]. Les formes architecturales, les équipements urbains et commerciaux, l’allure des passants marquent socialement ces quartiers et en font l’un des facteurs importants de la sociabilité adéquate des jeunes tout en procurant aux familles résidentes un cadre conforme à leurs attentes.1 » u Si nous travaillons davantage en télétravail à l’issue de la crise, il y aurait moins d’intérêt d’habiter en appartement à proximité de son entreprise et des transports en commun. Tout cela risque d’impacter le marché immobilier des appartements anciens en ville. Les acteurs du monde résidentiel vont devoir repenser la configuration de leurs programmes par rapport aux nouvelles attentes des propriétaires, des locataires et des investisseurs.


LA MAISON DU XXIe SIÈCLE


La particularité de la maison post-Covid est qu’elle devrait à nouveau créer une mixité fonctionnelle entre habitat et travail. En effet, comme nous l’avons exposé précédemment, habitat et travail ont cohabité plusieurs siècles pendant les périodes d’emploi rural et jusqu’à ce que les emplois en usine apparaissent. Quittant ainsi la campagne pour la ville, les Français n’ont cessé de voir la taille de leur logement diminuer par la forte pression des prix du foncier dans les zones tendues. C’est ainsi que les ménages se sont contentés de logements de petite taille, ne servant plus à travailler mais uniquement à dormir entre deux journées de travail et d’activités extérieures. Habitat post-Covid.


La maison post-Covid devrait réconcilier travail et habitat sous un même toit puisque le télétravail a fait son apparition dans la vie de nombreux salariés, et sa pratique est amenée à augmenter. Avant la crise Covid, seuls 7 % des salariés français pratiquaient le télétravail contre 33 % pendant les périodes de confinement. Cette augmentation fulgurante est confortée par la volonté de poursuivre ce fonctionnement pour 73 % des Français. Fort de ce constat, il apparaît comme une évidence que les logements doivent évoluer pour permettre pleinement la mise en place d’un télétravail sur la durée depuis chez soi. Cela implique une évolution du plan type des logements d’aujourd’hui qui devront intégrer des espaces supplémentaires afin de rapporter la fonction travail à l’image de ce que faisaient nos ancêtres. Historiquement, la partie travail et la partie habitat étaient distinctes : superposées verticalement ou juste séparées horizontalement par un cloisonnement. La conception de l’habitat post-Covid doit donc prévoir une partie habitation et une pièce pour un bureau aménagé. Cela implique la mise en place de réseaux haut débit via la fibre afin de télétravailler en bénéficiant de moyens de communication adaptés aux flux générés par les visioconférences et envoi/réception de fichiers. Il convient également de prévoir une isolation phonique spécifique pour que les différentes personnes d’un même foyer puissent télétravailler en même temps sans se déranger, pour que le lieu de vie ne se limite pas au logement et au télétravail mais prenne également en compte toutes les problématiques rencontrées par les habitants pendant les périodes de confinement. Celles-ci pourraient perdurer de façon alternée avec des périodes de déconfinement et représentent donc un risque de se retrouver à nouveau enfermé dans une même pièce.


Modèle du dedans/dehors

Le manque d’espaces extérieurs privatifs de qualité en ville a été un constat criant pour de nombreux Français. En disposer ne veut cependant pas dire que celui-ci est réellement utilisable. Le besoin de conception bioclimatique prend ici tout son sens puisque l’espace extérieur doit permettre à la fois de se détendre tout en restant chez soi, mais aussi de cultiver fruits et légumes et viser l’autonomie alimentaire. Il est donc essentiel que le logement post-Covid soit conçu sur le modèle du dedans/dehors, en pensant à la vie en intérieur comme en extérieur. Les espaces extérieurs doivent ainsi permettre de se reposer, de faire du sport et de cultiver des légumes. Cela signifie qu’ils doivent être pensés par des paysagistes afin de garantir aux habitants qu’ils pourront en profiter, par exemple, à l’abri des vents dominants, avec des protections aux intempéries, etc. Sur le plan qualitatif, ils doivent permettre aussi d’agir sur la diminution des îlots de chaleur qui ont fortement augmenté ces dernières années avec le réchauffement climatique. Fort de ces évolutions, l’habitat post-Covid aidera peut-être à ce que les prochains confinements soient plus faciles à vivre. Toute la chaîne immobilière doit donc être concernée pour adapter le logement du futur aux attentes du monde de demain.


CONCLUSION: LE BIEN-ÊTRE AU CENTRE DES PRÉOCCUPATIONS


La pierre et le foncier ont toujours été la principale source de richesse et un élément constitutif du patrimoine des paysans, des ouvriers, des nobles et des bourgeois. Aujourd’hui, la maison devient un vecteur de rencontres et d’échanges dans les relations sociales. Dans les métropoles, on est davantage locataire de son appartement tandis qu’à l’extérieur on est davantage propriétaire de sa maison. La maison reste toujours un symbole très fort et représente un investissement de toute une vie pour de nombreux Français, comme le rappelle le sociologue Pierre Bourdieu : « Elle est en outre l’occasion d’investissements à la fois économiques et affectifs particulièrement importants : bien de consommation qui, en raison de son coût élevé, est l’occasion d’une des décisions économiques les plus difficiles et les plus lourdes de conséquences de tout un cycle de vie domestique, elle est aussi ‘’un placement’’, c’est-à-dire une épargne non financière et un investissement dont on attend qu’il conserve ou augmente sa valeur tout en procurant des satisfactions immédiates.1 » La crise sanitaire et ses périodes de confinement sont venues renforcer trois aspérités majeures historiquement présentes jusqu’au xixe siècle au sein de la maison individuelle que sont : la mixité entre habitat et lieu de travail, le besoin de connexion à la nature et l’autonomie alimentaire. Aujourd’hui, 60 % des Français déclarent vouloir s’installer en maison individuelle car elle représente le meilleur compromis pour retrouver les aspérités des maisons de leurs ancêtres. Selon eux, la maison est l’habitat le plus à même de leur offrir un espace isolé pour télétravailler, être en harmonie avec la nature et pouvoir cultiver un jardin. Certains vont même jusqu’à vouloir y installer un poulailler pour être encore plus autonomes. La crise sanitaire a permis de replacer le bien-être au centre des préoccupations. Elle a ouvert les yeux des Français sur l’essentiel, eux qui étaient focalisés sur leur réussite professionnelle au détriment de leur confort le plus élémentaire. Cette prise de conscience replace la maison comme lieu de mixité fonctionnelle par excellence dans un monde où la résilience est indispensable. Chaque Français rêve d’une maison. Encore plus aujourd’hui qu’hier. Ces rêves vont de la possession à l’aménagement, de la décoration au bonheur, de moments inoubliables à la transmission. Une transmission éternelle. Terminons par ces mots de Jacques Prévert : « Une maison n’est jamais déserte quand celui qui est parti l’habitait vraiment »


4 vues0 commentaire